C’est l’un des projets phare du département des Hauts-de-Seine et, selon les premières constatations, le chantier à l’origine de la fermeture de l’A13. Depuis le 19 avril, le grand axe autoroutier de l’Ouest parisien est fermé en raison de fissures constatées dans la chaussée, due à un mouvement de terrain au niveau de la colline de Saint-Cloud. En contrebas, le projet de Musée du Grand Siècle, lancé avant la pandémie de covid, était entré dans une phase très active de travaux ces derniers mois.

Conçue à l’origine par l’ancien président du conseil général Patrick Devedjian et le collectionneur, ancien président du Louvre, Pierre Rosenberg, l’idée d’un musée consacré à cette période centrale de l’histoire de France, de la naissance d’Henri IV à la mort de Louis XIV, avait assez naturellement trouvé un point de chute entre les murs d’une ancienne caserne située entre la Seine et le Domaine de Saint-Cloud.

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Commandée par Louis XVIII, la caserne des gardes du corps du roi ne fut livrée qu’en 1827, sous le règne de son frère Charles X. En 1834, le bâtiment en L au style très classique devient caserne militaire et ce pendant plus d’un siècle, jusqu’à l’Occupation allemande. La caserne Sully est ensuite occupée par la Direction générale de l’aviation qui est aux premières loges pour constater l’avancée des travaux de la première autoroute de France, lancée dans les années 1930 mais que le conflit mondial avait retardée. Le conseil général des Hauts-de-Seine fait finalement l’acquisition des bâtiments en 2016 pour 11 millions d’euros auprès de l’armée qui avait depuis quelques années déserté les lieux, laissant l’ensemble en proie au vandalisme.

Pour le Musée du Grand Siècle, le coût des travaux et aménagements du site et de ses alentours est estimé à 100 millions d’euros. À la mort de Patrick Devedjian, emporté par le covid en 2020, Georges Siffredi, nouveau président du département reprend le chantier en main. Il désigne en 2022 l’architecte et ingénieur Rudy Ricciotti, auteur du Mucem de Marseille ou du nouveau projet de musée des Tissus à Lyon, pour sa réalisation.

Le projet prévoit le désamiantage, la réhabilitation complète et la reconstruction à l’identique de l’intérieur du bâtiment principal, où sera proposé un parcours mêlant peintures, sculptures, mobilier, gravures, médailles et objets d’art du XVIIe siècle, issus pour une grande part de la collection Rosenberg. À l’arrière du bâtiment, un petit pavillon dit des Officiers, ajouté au XIXe siècle mais de même style, doit accueillir un centre de recherches, la bibliothèque ou encore un cabinet de dessins. Au tout s’adjoindra un cabinet des collectionneurs, où seront mises en valeur des collections privées.

Le projet comprend encore un parking souterrain, creusé dans la cour arrière, entre les bâtiments et les murs de soutènement de la colline. Une quinzaine de mètres plus haut passe l’autoroute A13, dont seulement une courte portion de quelques dizaines de mètres est à fleur de sol, entre le tunnel de Saint-Cloud, qui perce la colline, et l’immense viaduc du même nom qui enjambe la Seine vers Paris. Selon les informations du Canard enchaîné paru mardi, les excavations réalisées pour la construction de ce parking souterrain ont entraîné un affaissement au pied de la colline qui se serait déplacée de plusieurs centimètres, fragilisant cette section et l’A13 qui passe par là, obligeant la fermeture de la plus ancienne autoroute de France. Informée dès le 19 avril de ces mouvements de terrain, la préfecture aurait ordonné, toujours selon Le Canard, le remblaiement du parking sur quatre mètres de haut pour stabiliser le flanc de la colline. des mesures d’urgence qui n’auraient pas permis de stopper complètement les mouvements de terrain.

Le Musée du Grand Siècle, dont l’ouverture était prévue en 2026, abritera notamment la collection de Pierre Rosenberg, donnée au département, qui comprend 680 tableaux, 3500 dessins du XVIe au XXe siècle, un ensemble important d’animaux en verre de Murano et la très riche bibliothèque de l’académicien. Collection estimée à 30 millions d’euros. Le projet muséal, confié à l’universitaire Alexandre Gady, doit s’inscrire dans la suite de ceux du musée du Moyen-Âge de Cluny, à Paris, et du musée de la Renaissance d’Écouen et doit examiner tous les aspects du Grand Siècle, y compris sa part sombre avec, par exemple, le Code noir qui règlementa l’esclavage dans les colonies françaises.